16 janvier 2012

Intervention de Guy Aurenche président du CCFD–Terre Solidaire

50 ANS DU CCFD–Terre Solidaire
à la Basilique Saint‐Denis, 5 mars 2011
Quant on parle d’anniversaire avec les enfants, on entend souvent « C’est chouette un anniversaire parce qu’on invite tout le monde et qu’on fait la fête et qu’on va se coucher tard ! »
Oui, c’est à la fête du courage, à la fête de l’espérance, à la fête de la ténacité, à la fête de l’amour reçu et donné, que nous nous invitons tous ce soir.
Et quand tout le monde est là, physiquement ou dans notre mémoire, dans notre coeur, quand tout le monde est là… on y voit plus clair.
Martin Luther King peu avant sa mort nous confiait à nous tous et à chacun de nous une mission :
- il est minuit dans notre monde
- l’heure de minuit est l’heure du doute, l’heure où l’on ne voit plus rien, où tout tremble, confondu, perdu
- notre mission aujourd’hui est de dire, à l’heure de minuit, au coeur de la nuit de la violence et de l’injustice, de dire que l’heure de minuit est une heure qui passe… et que le matin vient.

Ce soir, en cette veillée de fête, d’échanges, de méditation et de prière, le CCFD–Terre Solidaire, avec ses 50 ans nous dit, vous dit : le matin est déjà là ! Serons‐nous au rendezvous du matin, rendez‐vous du relèvement, de la résurrection ? Y serons‐nous actifs, vivants, bâtisseurs ?
Seuls nous ne pouvons affirmer que la lumière, que le matin est déjà là. Alors je voudrais convoquer ce soir, tous les artisans du matin, du matin du pain partagé, du matin de la responsabilité assumée, du matin de l’égalité entre les hommes et les femmes, du matin de la démocratie rétablie, du matin de l’espérance.
Tous, tous ceux et toutes celles qui font le « matin », doivent être ce soir à nos côtés.
J’aime bien cette béatitude à la fois impertinente et lumineuse : « Bienheureux tous les fêlés de la terre, ils laisseraient passer la lumière.
Les fêlés, oui, celles et ceux qui vivent un peu comme des excentriques parce qu’ils croient en l’espérance.

Les fêlés, oui, celles et ceux qui à travers leur vie donnée à leurs frères, à leurs soeurs laissent
rayonner de la lumière.
Les fêlés, oui, ceux et celles qui vivent la pauvreté. La pauvreté de la confiance, de la solidarité, la pauvreté qui accepte de ne pas tout savoir, de ne pas avoir répondu à tout.
La pauvreté qui laisse toute sa place à l’autre, aux autres, au Tout Autre.
Ce soir… je nous invite à être tous un peu fêlés, ouverts au don de l’espérance pour construire un monde plus juste.
Alors, convoquons quelques‐uns de ces artisans de lumières :
- Tu es bien présent avec nous ce soir, Mohamed Bouazizi qui, au coeur de la Tunisie humiliée a fait de ton corps en flammes, le flambeau du courage et de la dignité ;
- Amis d’Égypte et d’ailleurs, lutteurs courageux de Lybie et d’Iran, vous êtes présents à nos côtés ;
- Vous êtes bien présentes, femmes de Goma qui ouvrez une maison d’écoute à vos soeurs violées, humiliées. Vous qui avez sur exiger une réforme financière en allant jusqu’à l’Assemblée nationale de Kinshasa ;
- Et toi Jacqueline, du Rwanda, qui invites jeunes et adultes à se mettre sur les « sentiers de la paix », après tant de drames ;
- Vous les amis‐partenaires du CCFD–Terre Solidaire en Haïti, vous êtes avec nous.
Votre ténacité garde vivant l’espoir au milieu de tant de souffrances prolongées ;
- Et vous, amis des mouvements paysans brésiliens qui avez décidé de donner un coup de mains en Haïti, vous êtes avec nous ce soir ;
- Vous, amis de Chine qui accompagnez les plus pauvres, les paysans oubliés par la croissance, les malades du SIDA que l’on rejette, les détenus à cause de leur foi ou de leur envie de démocratie, vous êtes avec nous ;
- Et vous, Monseigneur Barreto, qui n’acceptez pas qu’à 3.000 mètres sur l’altiplano péruvien le sang des enfants soit plombé, empoisonné à cause des produits de l’extraction minière, vous êtes avec nous;
- Vous, amis des groupements de travailleurs qui sur les 5 continents, rappelez que l’économie est au service de l’homme, vous êtes avec nous ;
- Vous qui, dans l’Europe riche et frileuse exigez que l’accueil soit pratiqué sans arrière pensée. Vous qui dénoncez les Biens mal acquis et les systèmes financiers, spoliant les plus pauvres, vous êtes avec nous.
Alors accompagnés de tous ces porteurs de flambeaux, nous pouvons avancer ensemble.
Alors le temps de la méditation, de la louange, de la prière, du silence aussi, alors le temps du souffle, de la spiritualité ne sera plus celui du désengagement, de la méfiance de la politique, de la fabrication d’un Dieu semblant ignorer les cris du peuple humain.
Le moment du souffle, le temps de la spiritualité nous le vivrons en suivant les grandes étapes que le CCFD–Terre Solidaire, riche des 25 mouvements et services d’Église qui le composent, à suivi pendant plus d’un an.
En 50 ans d’actions de partenariat dans le monde entier, de propositions d’éducation à la solidarité internationale et au développement, d’actions de plaidoyer non pas contre, mais avec les décideurs afin qu’ils tiennent compte en priorité des exigences du partage, du respect de la dignité de chacun, nous avons contribué à construire autrement un monde autre.
En 50 ans d’efforts, avec tant de groupes alliés, le CCFD–Terre Solidaire a acquis la certitude que les convictions, les croyances, la foi ne sont en rien les ennemis de l’action, de la construction possible d’un autre monde.
Bien au contraire, avec vous tous qui êtes venus, avec ceux qui partagent ou ne partagent pas la foi chrétienne, le CCFD–Terre Solidaire invite à une même démarche : celle de la solidarité et du service de l’humanité.
Alors en ce temps du souffle, de la fête, du don et de la prière, soyons en attente.
Un poème iranien propose cette prière : « Je ne te demande pas de me donner à boire, mais de me donner la soif ».


Guy Aurenche
Président du CCFD–Terre Solidaire

Les commentaires sont fermés.